J’allais tous les ans passer mes vacances avec lui, j’arrivais mi-juin et mes parents me rejoignaient en août. J’ai beaucoup de mal à le présenter séparément de ma grand-mère, je
n’ai que de bons souvenirs en leurs compagnies.
Il se dégageait d’eux, quelque chose que je n’arriverais jamais à décrire sur une simple feuille de papier. Pour essayer de faire bref, je crois qu’ils auraient eu leur place dans une œuvre de
Maupassant.
Vous pensez que je rêve ? Alors, imaginez… un petit bonhomme toujours souriant, avec une casquette un peu relevée de la visière, ou alors, bien vissée sur sa tête, écartant un peu plus ses
oreilles, ceci quand il feignait d’être mécontent.
Il ne la retirait uniquement que pour dormir, ou pour repousser en arrière ses cheveux hirsutes et bien noirs, malgré son grand âge.
Sous ce couvre-chef, émergeaient deux billes bleu pâle, au milieu d’un visage crevassé par le temps et légèrement bronzé.
Il marchait toujours avec peine, un peu courbé, et sa main calleuse ne lâchait jamais sa canne en noyer.
En semaine, il était vêtu d’une veste usée, recouvrant une chemise à rayures ou à carreaux, généralement boutonnée jusqu’au dernier bouton, et d’un pantalon trop grand retenu par de larges
bretelles. Longtemps, il a préféré la paille au chausson de laine, que tous, mettaient à l’intérieur des sabots de bois.
Il n’y avait que le dimanche et les jours de fête qu’il s’adonnait à la fantaisie vestimentaire. Il sortait alors son costume presque neuf, avec le chapeau breton en feutre noir traditionnel, ou
une casquette sombre. Mais aussi, les sabots du dimanche équipés de fers, afin qu’ils ne s’usent pas trop vite. Ceux-ci étaient recouverts d’ornements en cuir noir, piqués de clous brillants.
Jamais une once de méchanceté, et très sensible. Quand nous devions repartir, une fois les vacances terminées, il ne pouvait cacher ses larmes.
Jurer comme un charron ! C’était une expression qui ne le concernait pas, il jurait rarement (ou alors, en breton) et pourtant c’était un vrai charron...
Il m’emmenait dans son atelier, il exerçait encore un peu quand j’étais petit. Je le regardais travailler le bois, faire les fûts pour le cidre, des roues de brouettes, mes jouets et des roues de
charrettes. Hé oui ! Dans les années 60, je me souviens des carrioles tirées par les chevaux, et l’anneau qui était fixé dans la façade des maisons n’était pas destiné à la décoration. Les
visiteurs y accrochaient la sangle de leurs chevaux.
A mon grand-père
Racyne©