J'étais fier de pouvoir transporter mes voyageurs,
Dans mes voitures luxueuses aux jolies couleurs.
Villes et campagnes que dignement je sillonnais,
Nuage de vapeur, fumée irritante qu'on m'excusait.
Aujourd'hui, chaudière brûlante et gaz échappés
Files d'attente, avec tant de personnes à emmener.
Je ne siffle plus gaiement en traversant les villages,
Honte de moi, ils baissent la tête sur mon passage.
Lucarnes de mes wagons décorées aux barbelés,
Des mois à faire le même trajet bien trop répété.
Je n'ai plus que deux gares de départ ; Drancy -
Auschwitz, gare de la solution finale des circoncis.
Silence pesant du départ, la tension devient forte,
Je frémis au bruit des loquets de mes lourdes portes.
Mes roues dérapent dans un hurlement de fer,
Les premiers cris retentissent dans ce train d'enfer.
Six millions de vies, un destin qui aurait pu être le vôtre.
Je ne suis qu'un train qui en cache beaucoup d'autres.
Racyne